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Charles Fort prophète, inventeur et politicien

« If the doors of perception were cleansed everything would appear to man as it is, infinite. »
William Blake, The Marriage of Heaven and Hell

Charles Fort n'est réductible à aucun courant de pensée particulier. C'est en cela que sa démarche est radicalement novatrice, loin des modes intellectuelles de son temps, de tout prêt-à-penser idéologique et de toute frontière.

Pourtant, on a bien essayé de le contraindre dans un genre particulier, de l'étiqueter, et sa postérité ne rend pas toujours grâce à son oeuvre, en le cantonnant souvent dans le rôle de collectionneur de “faits maudits”, comme s'il était un simple entomologiste amateur passant sa vie à accumuler les papillons rares. Il existe en effet une manière de penser, ou plutôt d'envisager le monde, qui peut être qualifiée de “fortéenne”, puisqu'il faut bien utiliser cette françisation maladroite du vocable anglo-saxon “fortean”. Le succès du magazine anglais The Fortean Times est là pour le prouver.

Charles Fort n'a jamais été un auteur vraiment “mainstream”, il ne fait pas partie des lectures incontournables pour l'honnête homme. Et pourtant, déjà deux biographies lui ont été consacrées. Ce n'est pas si mal, pour un auteur a priori si confidentiel. Beaucoup d'auteurs plus connus de nos jours n'ont pas eu droit à deux ouvrages consacrés intégralement à leur vie et à leur oeuvre. Et il faut aussi prendre en compte quelques essais ainsi qu'une multitude de d'ouvrages plus ou moins sérieux se réclamant d'une manière ou d'une autre de l'autorité de Charles Fort, même s'il s'agit là d'une descendance qu'il n'aurait peut-être pas toujours voulu reconnaître.

La première biographie est publiée en 1975. Elle est écrite par Damon Knight, un auteur de science-fiction américain, et s'intitule Charles Fort, Prophet of the Unexplained. La seconde est publiée en 2009, par l'auteur anglais Jim Steinmeyer, et porte le titre Charles Fort, The Man Who Invented the Supernatural. Entre les deux, il faut aussi noter l'essai quelque peu foutraque de Colin Bennett, Politics of the imagination, publié dans une relative discrétion en 2002 (précisons que “foutraque”, dans une perspective fortéenne, est loin d'être un défaut).

Le prophète et l'inventeur

Prophète de l'inexpliqué et inventeur du surnaturel… Drôle de paradoxe que ces titres pour désigner un même homme, car quand on y réfléchit bien, ces deux expressions sont des contre-sens, l'une par rapport à l'autre, et chacune en elle-même.

Un prophète est l'intermédiaire entre Dieu et les hommes, c'est celui qui entend la voix céleste et nous la restitue. C'est aussi, par là-même, un fondateur de religion. Mais comment peut-on être le prophète de ce qui n'est pas expliqué ? A l'évidence, l'inexpliqué est incompréhensible. Nous ne pouvons pas le déchiffrer. Etre le prophète de l'inexpliqué, ce serait donc rendre audible quelque chose qui dépasse l'entendement humain. Lorsque, dans l'Ancien Testament, Moïse descend de la montagne avec les Dix Commandements, ceux-ci tiennent en quelques phrases parfaitement compréhensibles par tout un chacun, ce sont des guides pour bien vivre, une notice d'utilisation de la vie en société. Il ne s'agit donc en aucune manière d'un quelconque commentaire sur de l'inexpliqué. Mais Charles Fort, lui, serait donc l'intermédiaire entre ce que l'on ne comprend pas et nous, celui qui oblige la communauté à écouter ce qu'elle ne comprend pas.

Quand on convoque la figure de l'inventeur, on pense tout de suite à des personnages de nos mythologies, mais cette fois des mythologies plus modernes : voilà le Gyro Gearloose de Walt Disney qui apparaît (« Géo Trouvetou » pour la France), inventeur prolifique mais pas toujours très adroit. Ou bien, plus sérieusement, le célèbre Thomas Edison, l'infatigable inventeur par excellence, celui qui réussit notamment l'incroyable prouesse de fixer la voix humaine sur de la matière. Tout à coup, l'humanité fait un bond dans le futur, et donc dans l'improbable, dans l'imaginaire, dans le fantastique. Diable ! Fixer la voix humaine sur un support physique, l'entendre à nouveau plusieurs jours, plusieurs mois, et pourquoi pas plusieurs années plus tard ! Lorsque Edison présente son invention à l'Académie des Sciences à Paris, l'un de nos augustes savants lui saute d'ailleurs à la gorge, persuadé que cet Américain vantard n'est qu'un habile ventriloque.

En 1877, Edison publie un article dans la revue savante The Scientific American, dans laquelle il présente sa nouvelle invention, le phonographe, qui permet donc d'enregistrer la voix humaine. Après avoir détaillé son procédé technique, il écrit ceci :

“Il a été dit que la Science n'était jamais sensationnelle ; qu'elle est intellectuelle et pas émotionnelle. Cependant, rien de ce qui peut être conçu n'est plus à même de créer des sensations profondes, de susciter des émotions humaines, que d'entendre encore une fois les voix familières de nos morts. La Science annonce pourtant que cela est possible, que cela peut être réalisé. En réalité, la parole est devenue immortelle. 1).

Cette dernière phrase a des accents prophétiques : ce n'est plus Edison qui parle ici, c'est « la Science », avec la majuscule qui convient à la solennité de l'entité ainsi convoquée. Et c'est la Science qui annonce une nouvelle incroyable : la voix humaine était immortelle, et par là même, nous pouvons désormais écouter les morts, pour de vrai. Edison, l'inventeur, se fait donc le porte-parole de la Science, en quelque sorte son prophète, celui qui transmet la bonne nouvelle au peuple.

Mais Charles Fort, lui, serait l'inventeur du surnaturel. Le surnaturel ? N'est-ce pas justement ce que la Science, celle avec un grand S, est supposer combattre ? Toute la littérature « scientiste », tous les porte-drapeau du rationalisme moderne le plus militant, ont en horreur cette notion de surnaturel : ce qui excède la nature n'existe évidemment pas, nous disent-ils, ce ne sont que billevesées pour esprits faibles. Comment, alors, Charles Fort pourrait-il être l'inventeur de quelque chose qui excède la nature ? Le terme anglais de “supernatural” est ainsi défini dans le dictionnaire Merriam-Webster : “ce qui est en lien avec un ordre d'existence au-delà de l'univers visible et observable ; ce qui est relié à Dieu, aux demi-dieux, à l'esprit, au démon. Ce qui s'éloigne de ce qui est usuel ou normal, ce qui apparaît comme transcendant les lois de la nature. Attribué à un agent invisible.”

Par nature, si l'on peut dire, le surnaturel ne peut donc nullement faire l'objet d'une invention. A la rigueur, on peut le découvrir, mais pas l'inventer. C'est là d'ailleurs une ambiguité du mot “inventeur”, car dans son sens savant, l'inventeur est celui qui découvre quelque chose, c'est-à-dire celui qui en rend compte pour la première fois, qui avertit le reste de l'humanité de l'existence de cette chose. On parle par exemple de l'inventeur d'un site archéologique. Cette seconde définition paraît lever une partie du paradoxe : Fort n'aurait pas fabriqué le surnaturel, il l'aurait découvert, comme on dit de Freud qu'il a “découvert” l'inconscient. Fort, découvreur du surnaturel.

Charles Fort, pour une politique de l'imaginaire

Un troisième essai a été publié sur Charles Fort, pas tout à fait une biographie et surtout une tentative de mieux cerner son approche du monde et sa philosophie afin de créer des liens avec d'autres oeuvres et d'autres auteurs. Paru en 2002 chez un éditeur indépendant, Critical Vision, cet ouvrage de l'anglais Colin Bennett, auteur que l'on pourrait qualifier de “néo-fortéen” ou de “fortéen radical”, a pour titre Politics of the imagination - the life, works and ideas of Charles Fort. Sur la quatrième de couverture, la phrase finale, mise en exergue, résume le projet du livre : “Science in Charles Fort's eyes was imagination control…” La Science, aurait donc considéré Fort selon l'auteur, serait une méthode pour contrôler l'imaginaire… Dans le titre de l'essai de Bennett, apparaît d'ailleurs un nouvel élément : le terme de “politics”, c'est-à-dire la politique au sens des prises de décision nécessaires à la vie en communauté. Y aurait-il donc un lien entre les ouvrages de Charles Fort et la politique ? Et si c'est bien le cas, quelle manière d'approcher la politique pourrait être la plus proche de la vie et de l'oeuvre de Fort ?

Charles Fort a donc été présenté, par ses trois biographes, à la fois comme un prophète (de l'inexpliqué), comme un inventeur (du surnaturel) et comme un idéologue se proposant d'établir une certaine politique fondée sur l'imaginaire. Dans chacun de ces trois titres, nous trouvons donc une formule en apparence incohérente. Si Fort est un prophète, c'est celui de ce qui ne nous est pas intelligible. S'il est un découvreur, c'est celui de ce que qui est au-delà de la nature et n'est donc pas “découvrable”. S'il propose une politique, c'est celle d'un domaine qui est l'opposé de la réalité.

Voilà donc bien un homme bien particulier que ce prophète, inventeur et politicien de l'inexpliqué, du surnaturel, de l'imaginaire.

Charles Fort est essentiellement connu pour avoir écrit quatre livres, The Book of the Damned en 1919, New Lands en 1923, Lo! en 1931 et Wild Talents en 1932 (ce dernier ouvrage publié peu après sa disparition en 1931). C'est surtout le premier livre qui eut un certain retentissement à sa sortie, même si ce terme est trompeur. Plutôt qu'une bombe éditoriale, la prose de Fort a fait l'effet d'une substance peu à peu répandue jusqu'à infuser de nombreux auteurs et plus d'une école de pensée.

De fait, lorsqu'on mentionne Charles Fort, c'est très souvent pour donner du corps à d'autres sujets, même si les liens avec son oeuvre sont parfois bien discutables : les soucoupes volantes, les civilisations disparues, la philosophie New Age, l'histoire parallèle, la parapsychologie et les pouvoirs de l'esprit, la téléportation et la magie, des théories para-scientifiques en général… Pour le lecteur français, c'est bien souvent l'aventure du Réalisme fantastique qui pointe alors le bout de son nez, avec le fameux livre de Jacques Bergier et Louis Pauwels paru chez Gallimard en 1960, Le Matin des magiciens, et la revue Planète publiée par la suite tout au long des années 1960, et qui mentionnait régulièrement Charles Fort comme une influence majeure.

Charles Fort, clochard céleste

Sur le réseau Internet, les mots-clés “Charles Fort” sur le moteur de recherche Google (avec les guillemets) retourne 113 000 résultats à peine, et dans ces résultats les premiers liens hors-sujet apparaissent dès la première page (il y a par exemple une forteresse Charles, le « Charles fort », en Irlande). En revanche, l'expression “book of the damned” affiche pas moins de… 8 650 000 résultats, et toutes les premières pages de cette requête affichent effectivement des résultats pertinents (on note au passage que l'ouvrage se retrouve notamment sur le site “Forgotten Books”).

Bref, Le Livre des Damnés est plutôt bien connu, et très largement cité. Mais Charles Fort lui-même, et sa pensée, restent bien souvent une énigme, écrasé qu'il a été par le personnage qu'on lui a construit rétrospectivement. Dans les premières pages du Livre des Damnés, Fort use et abuse de métaphores et de comparaisons pour expliquer sa démarche, qu'il baptise “intermédiarisme”. Il explique que l'erreur de la Science, quand elle devient dogmatique dans sa quête de description de la réalité, revient à déterminer un cercle quelque part à la surface de l'océan, puis à décréter que toutes les vagues qui sont à l'intérieur du cercle existent, alors que toutes celles qui sont en dehors n'existent pas, et qu'elles ne sauraient donc avoir un quelconque rapport avec les premières. D'une certaine manière, réduire Charles Fort à sa figure de collectionneur de faits maudits revient à la même chose, c'est ignorer royalement sa démarche et la véritable philosophie qu'il a échafaudée au fil de ses oeuvres. Une philosophie sauvage, indomptée, irréductible, insolente, difficile à circonscrire donc. C'est que Charles Fort n'était pas à proprement parler un penseur, au sens classique, académique du terme. Il tient bien plus, tout bien considéré, du clochard céleste, pour reprendre le titre français du livre de Jack Kerouac paru en 1958, Dharma Bums. On pourrait même parler, pour qualifier sa démarche, de précurseur de ce qui sera désigné plus tard, à partir des années 1950, d'anarchisme bouddhique…

Snippet de Wikipédia: Anarchisme bouddhique

Certains observateurs[Qui ?] pensent qu'il existe des enseignements bouddhistes qui forment une base philosophique pour l'anarchisme.

Le bouddhisme est un système de croyance, une philosophie, en contraste à plusieurs autres religions. La plupart des écoles bouddhistes reconnaissent Bouddha comme un homme et un symbole pour atteindre une sorte d'« accomplissement. » Les écrits bouddhistes ont une attitude anti-autoritaire qui encourage le questionnement de l'autorité et des dogmes religieux.

Les communautés bouddhistes effraient souvent les rois et les faiseurs de loi par cause de leur notion de propriété. En rejetant volontairement toutes possessions matérielles et en n'ayant peur devant la douleur et la mort, les Bouddhistes « échappent » naturellement aux systèmes de pouvoir planétaire car ils ne peuvent alors être manipulés.

Snippet de Wikipédia: Les Clochards célestes

Les Clochards célestes est un roman de Jack Kerouac (1922 - 1969), publié la première fois en 1958. Son titre original est en anglais The Dharma Bums (à ne pas confondre avec le titre d'un autre de ses livres : Dharma (traduit en Français par Dharma), qui est un recueil de notes accumulées entre 1953 et 1956, et qui n'a été publié qu'en 1997 en anglais et qu'en 2000 en français).

Les Clochards célestes est un roman à clefs qui retrace librement la vie de quelques bohémiens américains, écrivains et poètes, en guerre contre les conventions, grands voyageurs désargentés, attirés par la pensée bouddhiste.

Après son célèbre roman Sur la route, Kerouac livre ici une nouvelle facette de sa personnalité. Tandis que dans Sur la route, la quête n'apparaissait qu'à titre de prétexte pour voyager, on voit Kerouac désormais s'occuper de son âme en essayant de fuir le monde et les villes. Ce désir de fuite ne le quittera plus désormais, puisqu'il se retrouvera dans des œuvres postérieures telles que Big Sur ou Anges de la Désolation (Desolation Angels). Mais pour l'instant on voit le roi des beats se concentrer tout particulièrement sur le bouddhisme, sans cependant rejeter totalement le catholicisme de son enfance ; il associe volontiers Bouddha et Jésus-Christ, qui sont pour lui les incarnations parfaites du maître spirituel : « Qu'est-ce que tu lui veux à Jésus-Christ ? N'a-t-il pas parlé du ciel ? Est-ce que le nirvâna de Bouddha est autre chose que le ciel ? ».

Cependant il est intéressant de remarquer que cette égalité ne durera pas. Au fur et à mesure qu'on avance dans son œuvre, le Christ finit par reprendre la première place, et le bouddhisme ne deviendra plus pour lui qu'une religion faite de mots vides.

C'est sans doute « la plus fraîche et la plus lumineuse » des œuvres de Kerouac (Y. Le Pellec).

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1)
It has been said that Science is never sensational; that it is intellectual, not emotional; but certainly nothing that can be conceived would be more likely to create the profoundest of sensations, to arouse the liveliest of human emotions, than once more to hear the familiar voices of the dead. Yet Science now announces that this is possible, and can be done…. Speech has become, as it were, immortal.
fort/inventeurprophetebiographies.txt · Dernière modification: 2015/11/30 21:59 (modification externe)